Les entreprises de sécurité : rationaliser, assainir et fédérer une profession

Les entreprises de sécurité : rationaliser, assainir et fédérer une profession

La loi sur la piraterie maritime de juin 2014, qui constitue une avancée législative majeure, les déclarations des deux parlementaires co-auteurs du rapport parlementaire sur les ESSD soulignant qu'il est aujourd'hui « impossible de se passer des ESSD », et enfin les dernières déclarations du Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors des assises de la sécurité privée, laissent à penser qu'une nouvelle dynamique, attendue depuis si longtemps, pourrait s'amorcer en 2015 pour les entreprises de services de sécurité.

Parmi les grands axes prioritaires pour développer « ce secteur stratégique car générateur d'activité », disait Jean-Claude Viollet, député, figure la formation, la réglementation et la normalisation. Trois points essentiels qui requièrent tous les suffrages en vue d'assurer notamment l'assainissement de la profession et le développement des partenariats publics/privés et ainsi assurer le développement d'une filière en devenir qui pèse, selon les derniers chiffres de l’Observatoire des métiers de la prévention et de la sécurité, quelque 5,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et représente près de 150 000 salariés.

Rencontre avec Thierry SZCZEPANIAK, Président de l'UNESSD, Union Nationale des Entrepreneurs de Services de Sécurité et de Défense.

La formation, priorité absolue

« La priorité absolue du secteur privé, condition essentielle de la professionnalisation, est tout d’abord la formation. L’absence d’une formation digne de ce nom a longtemps gêné le développement de la sécurité privée. J’ai donc décidé de m’attaquer à ce maillon faible, qui nous empêchait d’envisager une véritable coproduction de sécurité à la française », soulignait le ministre de l'Intérieur en décembre dernier.

Conscients de ce besoin depuis bien longtemps, les membres et le Président de l'UNESSD tout comme son Président d’Honneur et Fondateur Henri PETRY, ont entrepris des actions en ce sens qui devraient porter leurs fruits cette année. « Nous partageons pleinement les convictions de M. le Ministre et avons en effet créé un centre national de formation depuis ce début d'année 2015. La clé de voûte de notre centre est la qualité. Cette dernière doit impérativement porter les valeurs de rigueur et d'excellence des métiers de la sécurité. Nous mettons l'accent sur quatre grandes familles dont la formation en protection rapprochée, la formation de chauffeur de sécurité et d’escorte moto, car ces derniers sont des éléments à part entière du dispositif de sécurité, mais aussi la cyno détection, des agents de sécurité spécialisés et la formation d'agents pour la protection des navires dans le cadre de la loi promulguée en juin dernier. Notre centre national de formation s'appuie sur la charte de qualité UNESSD et les labels “d'excellence métier” qui sont deux éléments déterminants et garants de la qualité, de la crédibilité de nos formations et de nos exigences métiers. Il en va de notre légitimité », explique Thierry SZCZEPANIAK. Un label, gage de qualité par excellence, qui souhaite concourir directement à « une normalisation (qui) est en train de se mettre en place. Or, chacun sait que la norme fait le marché », soulignait Jean-Claude Viollet. La particularité de l’UNESSD réside dans la typologie de ses membres : entreprises, centres de formation, mais aussi indépendants et salariés engagés dans un même objectif : valoriser la qualité des prestations de sécurité privée, la qualité des formations mais aussi des formateurs. A l'égard de la formation, le Ministre entend élargir le périmètre réglementé au domaine de la formation aux activités privées de sécurité et souhaite ainsi que celle-ci fasse l’objet d’un titre spécifique du Livre VI du Code de la sécurité intérieure, dont les dispositions viseront à garantir une formation de qualité aux agents de sécurité privée et à maintenir leurs compétences. « Sans formation, pas de fiabilité, pas de confiance entre les forces de sécurité publique et les agents de sécurité privée », a-t-il rappelé.

Le recrutement des formateurs est un point sur lequel le centre de formation est intransigeant. « Nous faisons appel aux meilleurs spécialistes de chaque composante de formation », ajoute pour sa part le Président de l'UNESSD et de poursuivre « Des formateurs dont le cursus professionnel, la légitimité, la pédagogie sont en adéquation avec les critères d’Excellence des référentiels de formation. » L'UNESSD compte parmi ses membres, Groupe 9 Academy, l'un des centres de formation historique dans le domaine de la protection rapprochée, classé parmi les 10 meilleurs centres de formation au niveau mondial. L'UNESSD entend enfin être acteur dans le processus de  reconversion du personnel de la Défense et de l’Intérieur.

Une formation qui sera ainsi contrôlée et rationalisée avec pour but d'assainir une profession qui en a besoin. « Nous répondrons pleinement aux attentes des autorités. Assainir la profession est vital. Nous en sommes convaincus depuis longtemps », poursuit-il. Le Carnet Individuel de Formation de l’UNESSD, la formation continue, les stages de recyclages sont les outils du Centre National de Formation de l’UNESSD pour garantir la qualité des prestations assurées par ses membres.

L’État a montré sa volonté de transformer le secteur, via le CNAPS, en association étroite avec les professionnels. Une professionnalisation est donc en cours.

Fédérer et atteindre une taille critique

À la question du turn-over, « la qualité répondra à la fidélisation », explique Thierry SZCZEPANIAK, et de poursuivre « L'objectif de l'UNESSD est également de fédérer ses membres, de créer une véritable communauté des entreprises de sécurité et participer ainsi activement à l'émergence d'une filière professionnelle. Notre secteur d'activité est composé de grandes entreprises, certes, mais aussi de nombreuses petites structures qui possèdent de grandes compétences mais n'ont pas les moyens de rayonner. Notre rôle se joue aussi sur ce versant. Nous devons fédérer, nous rassembler, pour atteindre une taille critique et peser dans les discussions, être entendus et sollicités par les instances décisionnaires et enfin pour peser sur le marché européen et mondial. Il faut également faire émerger des perspectives de carrière, avec entre autre le développement du « middle management » 

Un travail important est conduit au titre de développements de partenariats et d'affiliations avec notamment l'ANAPS, le GICAT ou encore le MEDEF. « Ce qui implique notamment une régionalisation de l'UNESSD et une responsabilisation et implication des membres », souligne le président.

La réglementation doit évoluer

Une réglementation qui doit être plus stricte mais qui doit aussi intégrer les besoins de la profession. L'instant de revenir sur la notion de port d'armes. « Il faut ouvrir le débat sur ce point et faire évoluer la législation tout en gardant un contrôle strict. Le sujet de la protection armée en est un point sensible. Je pense qu'il faut statuer selon certaines conditions et exigences très strictes, sur la possibilité ponctuelle d'un droit de port d'arme pour les agents de sécurité. Mais, en l'état actuel des choses, nous devons revoir notre position en regardant ce qui se passe autour de nous. Nos amis européens, et pas seulement, disposent de ces autorisations contrairement à nous. Nous perdons de nombreuses parts de marché à cause de cela. Dernièrement, nous avons été contacté par des Suisses pour une mission de protection rapprochée sur le sol français. Il fallait être armé. Nous avons donc décliné l'offre au profit de nos amis allemands qui, eux, ont le droit de port d'armes, sur notre territoire. C'est tout de même aberrant », précise Henri PETRY, Président d’Honneur de l'UNESSD. Un premier pas a été franchi avec la loi sur la piraterie maritime de juin 2014, qui permet aux armateurs d’avoir recours aux sociétés privées. « C'est une avancée de la France, à l'image de ces homologues européens. Sur les quinze pays de l'Union européenne disposant d'une flotte de commerce importante, onze autorisaient déjà la présence d'entreprises privées armées à bord de leurs navires », ajoute Henri PETRY. Cette loi est une première illustration concrète d'une volonté du gouvernement français de nouer des partenariats public/privé plus forts, et de pallier, entre autres, de nombreux problèmes engendrés par la piraterie maritime. Le texte adopté en juin par le Parlement prévoit que des contrats commerciaux puissent être signés entre les armateurs, qui réclamaient cette loi, et des entreprises de protection. L'État est, lui, chargé de s'assurer que les entreprises candidates sont aptes à exercer cette activité́, puis de contrôler le respect des règles. Un arrêté paru au Journal officiel le 20 janvier porte, lui, sur l'aptitude professionnelle des dirigeants et des salariés des entreprises privées de protection des navires. Il précise les compétences et connaissances qui en sont exigées. Il définit aussi les modalités d'agrément des organismes délivrant les formations professionnelles. Avec ce texte, le dispositif législatif et règlementaire permettant l'embarquement de gardes armés sur les navires en zones de piraterie est désormais complet. Oui, mais pour la France. Car un problème demeure. Qu'en est-il de la concordance du droit international en la matière. « Chaque pays dispose de ces propres règles. Nous devons désormais faire la lumière sur les accords avec les pays où nos hommes pourraient être amenés à assurer la protection des bateaux. Le cas en Inde, d'agents de sécurité retenus en résidence surveillée après six mois passés en prison, démontre que la question est loin d'être seulement rhétorique », ajoute Henri PETRY et de poursuivre « Pourquoi traiter seulement de la question maritime au détriment de structures pluridisciplinaires dont les dirigeants actuels, au travers de l'UNESSD, sont enclins à se soumettre à des normes, à des réglementations pour une profession saine. Nous sommes aux faits des contraintes, nécessaires et qui plus est consenties ! » L'UNESSD entend bien, dans un futur proche, obtenir des réponses et apporter sa contribution au développement sain de la profession.

Coopérations opérationnelles

La mise en place de véritables coopérations opérationnelles de sécurité est également au programme de l'année 2015. L’argument principal en leur faveur est bien connu. Le secteur privé montre son savoir-faire et gagne en crédibilité grâce à la reconnaissance des pouvoirs publics, tandis que les services de l’État peuvent se concentrer sur leurs missions de police administrative et judiciaire, gagnant ainsi en efficacité opérationnelle. « Nous devons donc approfondir ces coopérations de sécurité, en nous inspirant par exemple des bonnes pratiques en vigueur à l’étranger », ajoute Thierry SZCZEPANIAK.

Autant d'actions qui devraient avoir pour autres buts de rassurer les utilisateurs et clients finaux. « L'UNESSD se positionne comme une véritable vitrine du volet humain des métiers de la sécurité, de la sureté, de la défense et de l'excellence française », signent les deux présidents.

Le Ministre est, quant à lui, convaincu que « le secteur de la sécurité privée change en profondeur. Elle s’organise et gagne ainsi en efficacité. Nous avons besoin les uns des autres. Le partenariat et la coopération entre les forces publiques de sécurité intérieure et les activités de sécurité privée sont plus que jamais indispensables. Je pense notamment à l’Euro 2016, événement d’importance où les acteurs de la sécurité privée seront bien sûr sollicités. Je crois qu’il est désormais temps de franchir un nouveau cap dans l’insertion des activités privées de sécurité au sein d’une architecture globale de sécurité cohérente. »


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