E-Sponder : un programme ambitieux

E-Sponder : un programme ambitieux

Pour garantir une meilleure efficacité, mais aussi une plus grande sécurité des intervenants, des spécialistes de 8 pays ont travaillé pendant plus de 4 ans pour une approche globale de la gestion de crise : des équipements technologiques innovants à la prise de décisions.

E-Sponder est donc un programme européen, d'une durée de 4 ans et demi, visant à « une approche globale pour former les premiers intervenants du futur ». Il fait partie de l’appel à projets « Sécurité » du 7e programme-cadre de recherche et de développement de l’Union européenne, et se consacre plus particulièrement au développement d’un système global d’aide à la gestion de crise.

Ce système est fondé sur l’utilisation de nouvelles technologies d’information et de communication, afin d’aider les premiers intervenants lors de crises, et de minimiser l’incertitude qui caractérise ce genre d’évènements. E-Sponder est développé sur trois niveaux de gestion de crise : le centre de commandement permanent, le poste de commandement mobile et l’unité de premiers intervenants.

Pour mener à bien le projet, le consortium a rassemblé des instituts de recherche, des industriels, le département essais et recherche de l'Entente pour la forêt méditerranéenne, un établissement public pour la préservation des territoires et des personnes face aux risques. Le tout pour un budget global de près de 12,6 millions d'euros.

L'objectif du programme est très ambitieux. Améliorer la gestion des « grandes crises » en localisant précisément la position des pompiers, en suivant leur état physiologique, les éventuels blessés, en donnant toutes les informations nécessaires à l'élaboration de la stratégie et décisives pour la prise de décisions sur l'envoi de renforts par exemple. L'autre enjeu est de mettre au point de nouveaux matériels, ultra résistants et de grande précision, capables de fonctionner en toute fluidité avec l'équipement « traditionnel » et enfin de travailler à l'harmonisation des protocoles, des standards et des modus operandi entre les différents acteurs, les départements, les régions ou encore les pays.

Trois niveaux opérationnels

Priscilla Pouschat-Pizzo, docteur en géosciences de l’environnement au CEREN, a travaillé depuis les débuts sur E-Sponder. « Pour ce projet, nous avons travaillé pour les 3 niveaux de gestion de crise. Au premier, le niveau opérationnel, se trouve les premiers intervenants équipés de vêtements intelligents, d’un système de communication autonome ne reposant sur aucune infrastructure existante, et d'un système de positionnement précis. »

Des vêtements intelligents

Les recherches d'E-Sponder ont porté sur des capteurs capables de mesurer la température au niveau du corps, le rythme cardiaque, mais aussi la température autour du pompier et la présence de gaz. « Nous voulions élaborer un produit qui soit le plus fiable et performant possible et nous avons opté, avec un partenaire, pour le tissage dans le tissu des tee-shirts d'électrodes connectées à nos capteurs mesurant la température au niveau de la peau ainsi que les rythmes cardiaque et respiratoire. Les capteurs de gaz et de température extérieure eux étaient fixés sur la veste des pompiers » explique Roland Gentsch du CSEM, organisme suisse privé à but non lucratif pour la recherche appliquée, y compris la technologie, la stratégie et l'innovation, en charge de ces capteurs  et de poursuivre « La communication des données des capteurs a été une partie compliquée à résoudre. Les smartphones ne peuvent pas tout gérer. Nous avons choisi de concentrer les données des capteurs pour ensuite les envoyer via une seule connexion Bluetooth. »

Interopérabilité au niveau tactique

Dans cette organisation à 3 temps « intervient ensuite le niveau tactique, un PC mobile qui assure la coordination, l'interopérabilité des communications, en lien avec les pompiers du terrain. » ajoute Priscilla Pouschat-Pizzo.

Des informations et des alertes sont ainsi visibles par le chef d'équipe et en direct sur les écrans du PC mobile installé à proximité, équipé de deux stations de travail permettent de gérer l'arrivée des camions et des personnels, ainsi que la carte de situation tactique utilisée par les pompiers avec les moyens engagés et les actions menées, projetées sur un écran tactile 3D. Un écran de report à l'extérieur facilite le point du commandant des opérations de secours. Une caméra et une station météo complètent l'équipement. Les pompiers peuvent même créer facilement le site en élévation pour prendre les meilleures décisions tactiques sur l'intervention. 

High tech au niveau stratégique

« Enfin, au niveau stratégique, le centre de commandement en charge de la planification pourrait être installé au niveau des départements pour recevoir tous les intervenants possibles » précise Priscilla Pouschat-Pizzo. C'est à ce niveau qu'une grande table tactile visualisant l'intervention et permettant de lire aussitôt tous les types de documents, quels qu'ils soient, est installée. Ici,  l’information se partage selon des critères établis, en diffusion générale ou alors restreinte selon le niveau de sensibilité des informations.

Une tablette spécialement conçue pour ce projet européen par l'entreprise Immersion, leader européen des technologies 3D immersives pour l'industrie et pour la recherche.   

« L'objectif est de réussir à faire remonter les informations du terrain aux différents niveaux stratégiques et tactiques afin de pouvoir prendre les bonnes décisions en fonction de l'ampleur de la crise ». explique Julien Castet. C'est dans cet objectif qu'Immersion a mis au point une table tactile avec des logiciels « capables de construire une simulation 3D de la zone de crise, de géolocaliser la position des pompiers, de visualiser leurs données physiologiques... Il fallait mettre à disposition des opérateurs un outil capable de gérer l'imprévu » ajoute ce dernier. Un défi relevé avec brio, un brevet ayant par ailleurs été déposé.

Des exercices pointus

Pour se mettre en condition, les responsables d'E-Sponder ont réalisé 3 exercices complémentaires. Le premier à Amsterdam, en juin 2014 simulait une intervention suite à un crash d'avion en phase d'atterrissage. Trois mois plus tard, les équipes sont intervenues selon un scénario de tremblement de terre d'une magnitude de 5,4 sur l'échelle de Richter sur la commune de Villeneuve en France (04). Dans la carrière, 10 travailleurs démantèlent un bâtiment ayant subi des dommages au cours de la secousse : quatre travailleurs manquent à l’appel. Dans l'exercice, un pompier sera « blessé » et devra être localisé puis évacué.

Enfin, en novembre dernier c'est à Marseille que E-Sponder a dû faire ses preuves dans un scénario de grand feu de navire : endroit confiné, température élevée, fumée dense... Des conditions parfaites pour tester le matériel jusque dans ses retranchements sur un site d'exercice construit pour ne pas laisser passer les communications... 

Un centre d'essai et de recherche contre le feu

Le CEREN, dirigé par le colonel Claude Picard, est le département essais et recherche de l'Entente pour la forêt méditerranéenne. Il s'agit d'un établissement public interdépartemental entre les régions, les départements, les établissements de coopération intercommunale et les services départementaux d’incendie et de secours. Aujourd'hui l'Entente célèbre son 52e anniversaire et regroupe 29 collectivités, dont 14 départements et SDIS.

En son sein le CEREN est en charge des essais sur les moyens de lutte contre les feux de forêt. Un travail colossal puisque cela va de l'analyse des meilleurs produits retardant à la compréhension de leur dispersion au sol en fonction du modèle d'avion utilisé pour le largage, de son altitude, de sa vitesse... à la mesure de la résistance thermique des vestes de feu des pompiers. Le CEREN va même désormais participer à la labellisation de certains produits à la marque NF. Un gage important de reconnaissance.

En plus du projet E-Sponder, l'équipe du CEREN participe aussi à DARIUS, un programme qui vise a intégrer des drones, aériens, maritimes et terrestres, dans des missions de recherche et de sauvetage ou à INACHUS un nouveau projet pour améliorer les temps d'intervention des secours lors d'effondrements d'immeubles notamment en localisant des poches de survie et en utilisant des capteurs de tous types pour trouver des victimes. Des travaux qui contribueront à renforcer l'efficacité opérationnelle des sapeurs-pompiers.


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