Les drones : entre innovation à haute valeur ajoutée et menaces

Les drones : entre innovation à haute valeur ajoutée et menaces

Le drone civil voit son marché augmenter considérablement et son utilisation s'accroître et se multiplier. Dépassant les 5 % de croissance et un chiffre d'affaires de plus de 10 milliards de dollars d'ici à 2024, le drone s'installe dans le paysage comme l'exemple réussi de l'innovation duale par excellence.

Mais, comme pour toute nouvelle technologie, l'usage des drones est à la fois porteur de progrès, tout comme de nouveaux risques...

Marché en croissance constante pour les drones qui devrait pousser l'industrie au-delà des 10 milliards de dollars d'ici à 2024.

La forte demande permettra au marché de presque doubler sa taille dans moins de 10 ans.

Les drones sur les marchés de défense et de sécurité vont atteindre les 5,5 % par an au cours de cette décennie, passant de 6,4 milliards de $ actuellement à 10,4 milliards de $ avant 2024, selon la dernière analyse présentée par IHS Inc.  

« Des systèmes de drones font désormais partie du paysage et cette tendance a vocation à s'inscrire dans le temps », explique Derrick Maple, analyste principal drones Jane IHS. « Ces systèmes sont bien établis, ont une efficacité opérationnelle prouvée et s'inscrivent comme des éléments essentiels et nécessaires au cœur des opérations futures à travers le monde. »

Aujourd’hui, les spécialistes estiment que seulement 5 % du marché des drones civils sont liés à la surveillance. Mais en 2020, cela devrait atteindre 20 %. Les frontières, les centrales, les feux de forêt, les rassemblements pourront être surveillés par les drones. Leur technologie, leur autonomie et certainement la réglementation ayant encore évolué d’ici là.

Un défi stratégique pour les institutions

La gendarmerie s'intéresse depuis dix ans déjà au sujet des drones. Mais cela concernait, jusqu'à aujourd'hui, uniquement les unités spécialisées.

Le sujet n'est donc pas nouveau. En revanche, ce qu'il l'est, « c'est la volonté institutionnelle de se doter de ce type d'équipements dans toutes les unités de la gendarmerie », souligne le colonel Bisognin, chargé de projets au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale, et de poursuivre : « Le drone permet un nouveau rapport à l'accès à l'information, en termes tactique et décisif. C'est très clairement une technologie de rupture, un véritable défi stratégique pour notre institution. Nous devons penser l'adaptation de nos stratégies de commandement ainsi que nos concepts d'emploi dans un environnement juridique exigeant. » 

La Gendarmerie nationale porte aujourd'hui ses efforts sur des machines capables d'effectuer des vols en vue, mais aussi hors vue, à 150 mètres du sol, en circulation aérienne générale et militaire, de jour principalement, sans s'interdire, toutefois, des vols de nuit...   

« Le drone s'inscrit concrètement dans une aide à la décision du commandement, dans le cadre d'un appui à l'engagement des troupes au sol en situation d'individus retranchés, d'arrestations de forcenés, et dans le cadre d'un concours à la police judiciaire pour des surveillances de zones, ou enfin en outil de soutien pour la gestion des travaux en hauteur », ajoute le colonel de gendarmerie.

Désormais plongée dans la phase d'acquisition, la gendarmerie recevra ses premiers drones début 2016. « Nous avons ouvert un marché pour deux lots de drones. L'un concernant les drones durcis à haute valeur ajoutée, et l'autre des drones tactiques, plus simples », ajoute le colonel. Le second lot n'a pas abouti, faute de candidats et de candidatures recevables. Une nouvelle mise en concurrence devrait être prochainement relancée afin de répondre à un véritable besoin des utilisateurs finaux... Une bonne nouvelle pour 2016...

Quant au premier lot, il a été remporté et signifié à la mi-novembre à Novadem, membre du cluster EDEN et constructeur de drones civils et militaires depuis 2006. Sur ce marché porteur, la France compte en son sein des leaders à taille humaine tels que Novadem, développeur de micro-drones destinés à des applications de défense et de sécurité, qui pourrait voir les portes de l'international s'ouvrir avec cette formidable vitrine que constitue l'attribution du premier marché d'équipements de micro-drones de la gendarmerie française !

La France et ses PME leaders

La demande institutionnelle est donc très forte. Novadem signe un marché de quatre appareils pour un montant de 350 000 €. La livraison s'effectuera dans les trois mois contractuels, soit en février 2016. Ce marché de trois ans concerne la fourniture de drones NX 110, la formation des opérateurs et le maintien en conditions opérationnelles des systèmes. Une commande qui intervient dans le cadre des missions de planification et de gestion des grands événements pour le CPGC de la Gendarmerie nationale ou le commandement de circonstance, en appui d'un engagement d'unités au sol pour les groupements de gendarmerie mobile et enfin pour concourir au travail de la police judiciaire dans les brigades départementales. Le NX110m est modulaire grâce à une charge utile amovible et s’adapte rapidement aux différentes missions rencontrées, qu'il s'agisse de reconnaissance, de cartographie, de surveillance, de localisation ou de combat en milieu urbain. Des solutions de traitement vidéo avancées développées par le partenaire français InPixal seront intégrées aux NX110.  « Particulièrement adapté aux missions de surveillance et de renseignement, le NX110m évolue avec facilité en milieu urbain en faisant preuve d’une grande discrétion lors de missions de détection d’ennemi ou de suivi de cible », explique la PME, qui compte déjà parmi ses clients des services de l'État emblématiques tels que la Direction générale de l'armement (DGA), la Section technique de l'armée de Terre (STAT) ou encore les Sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône (SDIS 13). « Certains de nos clients exploitent le drone NX110 depuis plus de cinq ans. De fait, nous avons accumulé une grande connaissance des besoins opérationnels liés à l'utilisation du drone dans le domaine de la sécurité », explique Pascal Zunino, directeur de Novadem. Une expérience qui a permis à Novadem de développer une offre spécifique dédiée aux besoins de la gendarmerie.  

L'acquisition de drones demande également d'élaborer une doctrine « en cours d'élaboration », souligne-t-on au sein de l'état-major de la Gendarmerie nationale. Un plan de formation centralisée par des experts 3 D de la gendarmerie est également en préparation. Véritable projet d'entreprise fédérateur, le drone porte la gendarmerie « au début d'une ère nouvelle ». Ce plan d'équipements « a vocation à s'inscrire dans le temps ». Il sera enrichi par une évaluation technico-opérationnelle, une veille technologique et une expérimentation entendue sur la sécurité routière.

Perspectives au sein de la Gendarmerie nationale

En termes de perspectives enfin, les centres d’intérêts des mois à venir portent sur la miniaturisation, véritable point d'étude avec caméra et charge utile. Le drone captif pour la protection des sites sensibles, l'intégration et la modélisation des données captées et enfin la numérisation du champ d'actions sont dans le cœur de cible du ministère de l'Intérieur.

Sans oublier la sécurité civile où « tout reste à faire », souligne le lieutenant-colonel Gros de la DGSCGC. Deux SDIS sont aujourd'hui équipés de drones fixes et à voilure tournante au nombre de trois machines. 10 autres SDIS sur les 99 existants sont équipés de drones semi-pro pour une utilisation tactique. Deux études sont par ailleurs mandatées depuis 2014. Depuis octobre, un groupe de travail composé d'experts en aéronautique, du pôle de compétitivité et des SDIS, détermine une expression globale sur les besoins en matière de drone. Au-delà d'un rôle de conseil, ce groupe de travail aura aussi à charge de créer une doctrine nationale d'emploi cohérente des drones dans la sécurité civile qui marque des ambitions déjà élevées : « Nous aimerions un drone de moins de 4 kg pour effectuer des survols d'agglomération équipé d'une optronique digne d'un drone MALE »... Le défi est lancé...

Au vu de l'actualité, l'utilisation des drones dans la lutte anti-terrorisme n'est pas seulement envisageable mais envisagé... On parle alors de l'utilisation des nano-drones, mais la technologie devra évoluer. La Préfecture de Police de Paris ajoute : « Pour une utilisation indoor, la technologie n'est pas assez mature. »

Drone et sécurité pour les opérateurs d’importance vitale

En collaboration avec les PME, les grands groupes affichent aussi leurs innovations dans le domaine. Thales vient en effet de dévoiler le Spy’Ranger, le mini-drone de reconnaissance/surveillance de nouvelle génération spécialement adapté aux besoins des forces armées et de sécurité ainsi que des principaux opérateurs d’importance vitale : « Le plus avancé au monde », souligne l'industriel.

Avec la recrudescence des drones de combat, les dispositifs anti-drones connaissent aujourd’hui un développement rapide. D’où la nécessité pour les forces terrestres de disposer de plateformes offrant des capacités de sécurité et de survivabilité toujours accrues, afin d’éviter la neutralisation des drones lors des opérations, au moment même où les renseignements recueillis s’avèrent particulièrement cruciaux.

Spy’Ranger a été conçu par une équipe d’experts de Thales et d’Aviation Design, une PME française spécialisée dans l’aérospatiale, qui compte aujourd’hui parmi les principaux développeurs de drones en Europe. Spy’Ranger combine quatre technologies clés : une plateforme électrique robuste et innovante, la charge utile optronique multisenseurs gyrostabilisée la plus avancée au monde pour optimiser la mission de collecte de renseignements de contact, le standard le plus élevé en matière de liaison de données, et un logiciel de contrôle commande éprouvé au combat. 

« Cette combinaison unique de technologies de pointe fait du système Spy’Ranger la plateforme de surveillance la plus efficace qui soit, capable de conserver son efficacité au combat dans les conditions les plus hostiles, malgré les efforts concertés pouvant être mis en œuvre par les forces ennemies pour neutraliser son efficacité opérationnelle », souligne l'industriel.

La charge utile : une véritable innovation

La plupart des drones ne sont en effet pas en mesure de maintenir leurs capteurs sur l’objectif lors de manœuvres soudaines et brutales. La gyrostabilisation dont bénéficie le mini-drone Spy’Ranger permet de maintenir la caméra et les capteurs embarqués en ligne sur l’objectif, même si l’aéronef repousse au maximum les limites de la cellule en termes de manœuvrabilité. Cette technologie assure l’efficacité de ce drone dans la plupart des scénarios tactiques, et notamment lors du survol de l’espace aérien ennemi. Quelle que soit la situation, les unités engagées au sol ne perdent ainsi aucun renseignement utile pendant le combat. La liaison de données tactiques est l’une des plus robustes jamais mises en œuvre à bord d’un mini-drone de reconnaissance. Les communications sont sécurisées et chiffrées pour assurer la disponibilité du service en conditions de brouillage et prévenir toute intrusion dans le système. Pour une unité déployée sur le terrain, ce niveau de fidélité est crucial pour garantir les renseignements acquis, même lors des opérations les plus difficiles contre des adversaires bien équipés. Éprouvé au combat, le logiciel C2 offre une interface utilisateur efficace permettant d’exploiter le drone avec un seul opérateur, après une courte période de formation. Cet ensemble de technologies fait de Spy’Ranger le drone de surveillance et de renseignement le mieux adapté aux théâtres d’opérations modernes, aussi bien pour la collecte de renseignements de contact que pour les opérations de survol à vocation sécuritaire. « Les drones de surveillance et de reconnaissance offrent l’avantage tactique le plus important depuis le déploiement du radar par les Alliés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Raison pour laquelle la lutte anti-drones constitue une menace croissante qui fait de la robustesse de la plateforme une priorité absolue. Spy’Ranger a été conçu pour conserver son efficacité au combat, quel que soit le scénario tactique. Il fournit aux forces armées et aux services de sécurité un avantage tactique déterminant, avec la capacité à observer l’ennemi à tout moment, où qu’il se trouve, et sans craindre les mesures mises en œuvre pour le neutraliser », souligne Jean-Pascal Arrou-Vignod, vice-président en charge des activités optroniques de Thales.

Le leader mondial joue désormais sur les deux tableaux... Loin de se cantonner à l'unique innovation en matière de drone et de performance, l'un des fleurons de l'industrie française entend aussi répondre à l'autre besoin exprimé par les opérateurs, ou comment lutter contre les drones hostiles ? Car les drones, qui offrent des possibilités fantastiques, sont aussi des engins de plus en plus utilisés à des fins malveillantes au point d'être fichés sur le tableau des nouvelles menaces !

De la détection à la neutralisation

Les industriels réfléchissent à de nombreuses façons de détecter et de neutraliser les drones hostiles en réponse à une demande et à un besoin des autorités : détection sonore, laser, brouilleurs, drones anti-drones équipés de filets... Mais l’idée est d’être le plus pragmatique possible, surtout dans le domaine aérien civil où les contraintes sont particulièrement élevées. Il faut aussi s’appuyer sur les technologies existantes, pour être réactifs et répondre à la menace le plus rapidement possible.

La mission est claire : les solutions choisies par les autorités doivent permettre de détecter, identifier classifier et neutraliser les drones, quels que soient leurs types et quels que soient les espaces à protéger (militaires et civils). Pour répondre à ce besoin, les pouvoirs publics doivent pouvoir s’appuyer sur toute une gamme de senseurs, effecteurs, systèmes de contrôle et de commandement. Si possible “sur étagère” !

Pour répondre aux besoins de protection de grands événements et des infrastructures critiques contre les petits drones évoluant à basse altitude, Thales propose donc une solution s’intégrant aux solutions de supervision existantes (SCADA) et qui fournit des capacités opérationnelles supplémentaires pour traiter ces menaces émergentes. Ce système intègre des capteurs, des moyens de réaction ou effecteurs non létaux (softkill) et un logiciel de commandement et de contrôle (C2) central pour la corrélation de données.

Pour les forces de sécurité, l’approche choisie est de privilégier l’analyse de la valeur pour éviter de proposer une solution surdimensionnée. En fonction du besoin utilisateur, le concept d’opération (CONOPS) est raffiné afin de choisir les équipements adaptés non seulement aux scénarios de menace mais aussi aux contraintes légales en vigueur, notamment en matière de capteurs rayonnants ou de moyens de neutralisation. 

L’écho des nouvelles possibilités qu’offrent les drones aux terroristes, les incidents récents montrant des drones utilisés dans le périmètre d’infrastructures critiques... prouvent la réalité des inquiétudes des autorités. 

La problématique des drones hostiles est donc devenue un véritable enjeu de sécurité intérieure et de défense nationale. 


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