2015, changement de paradigme dans la prise en compte des risques et menaces majeurs

2015, changement de paradigme dans la prise en compte des risques et menaces majeurs

Delphine Arias-Buffard a rejoint en 2014 le Groupe Deveryware en tant que Directrice des relations institutionnelles, après 16 ans d’expertise auprès d’institutions (cabinets ministériels, parlementaires, maires) et de prestataires de services dans la sécurité civile. En 2015, elle est auditrice de la session nationale « Résilience et sécurités sociétales » du HCFDC, expérience qu’elle met notamment à disposition de la commission stratégique du Conseil des Industries de la Confiance et de la Sécurité (CICS). 

 

Le Général (2S) Serge Garrigues a terminé sa carrière militaire le 1er août 2013 en tant que chef d’état-major interministériel de la Zone de Défense de Paris auprès du Préfet de Police, Préfet de Zone, après avoir tenu des postes opérationnels à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris et dans les unités militaires de sécurité civile, de formateur à l’Ecole de défense nucléaire, radiologique, biologique et chimique (NRBC) de Caen et de conseiller NRBC auprès des autorités du ministère de la Défense et de l’intérieur. Il a créé sa société de consulting et conseille maintenant les entreprises dans leur politique de résilience.

 

2015, changement de paradigme dans la prise en compte des risques et menaces majeurs

 

Les historiens verront peut-être dans l’année 2015 une année charnière dans la prise en compte des risques et des menaces majeurs par l’opinion publique française. En effet, elle aura été le théâtre de deux attentats particulièrement meurtriers.

 

Ces évènements ont fait prendre conscience aux Français que notre pays est directement impliqué dans un conflit asymétrique non déclaré contre un ennemi souvent interne dont les combattants proviennent d’une jeunesse déracinée et désœuvrée de nos banlieues et endoctrinée par une fausse idée de la religion musulmane.

Ce conflit n’est plus télévisuel et géré dans l’indifférence générale par les forces armées ; ses effets touchent maintenant le territoire national en ciblant toutes les catégories de personnes, peu importe leurs origines, croyances ou niveaux socio-culturels.

De plus, ces évènements ont mis en exergue comment ces nouveaux vecteurs d’information que sont les médias sociaux favorisent le communautarisme numérique et entretiennent une aliénation du réel. La couverture médiatique permanente des chaînes continues et l’instantanéité des informations font face à la lenteur des positionnements officiels de nos administrations dépassées par ces mouvements de fond. Ces nouveaux partenaires ont changé l’espace-temps de la gestion de crise et les dirigeants doivent maintenant gérer les évènements pratiquement en direct avec une densité d’informations non-contrôlée, souvent contradictoire et certainement contre-productive à l’alerte et la bonne information des populations.

 

Cette année a vu aussi l’explosion exponentielle de cyberattaques qui mettent directement en danger toute notre organisation socio-économique basée principalement sur l’informatique et dont les impacts pourraient nous faire rétrograder de plusieurs dizaines d’années. L’expérience a aussi montré que de nombreux évènements qu’ils soient d’origine naturelle, accidentelle ou malveillante peuvent s’accompagner de cyberattaques ciblées sur les organisations concernées ou affaiblies par l’évènement.

 

2015 a été aussi l’occasion d’une grande conférence mondiale sur le climat (COP 21) à Paris qui a fait prendre conscience à la population française que le réchauffement climatique n’était pas qu’une affaire de bobos écologistes. Les scenarii pour 2050 annoncent une montée des océans, une augmentation de la fréquence et de la violence des phénomènes naturels. La crue de la Seine type 1910 est devenue une crue moyenne et il faut s’attendre à des niveaux dépassant largement ce que nos grands anciens ont vécu le siècle dernier. Les autorités et les grands opérateurs s’y préparent sous forme de mise en place de moyens et d’exercices mais la population, elle, n’a pas encore développé cette culture des risques qui lui permettrait d’être résiliente face à ce phénomène extrême. Cette dernière a été très peu associée à l’exercice Sequana qui aurait pu permettre une prise de conscience du danger et des comportements résilients à développer pour y faire face.

 

 

Et de notre organisation de crise !

 

La résilience face aux évènements extrêmes est devenue l’affaire de tous. L’Etat, qui n’est plus en capacité de remplir ses missions régaliennes de protection des biens et des personnes, décentralise ou délègue ses pouvoirs aux grands opérateurs ainsi qu’aux collectivités territoriales.

Cependant, l’équilibre budgétaire n’étant pas prévu, chacun compte sur l’autre pour faire face à la sécurité de tous… L’organisation de l’Euro 2016 est la preuve qu’une seule délimitation territoriale des responsabilités fait exploser une administration de papier face à l’augmentation du risque et des coûts issus d’un attentat sur un événement d’une telle ampleur.

 

Ce changement de paradigme remet en question certains ordres établis. Désormais, des sociétés privées de sécurité appuient l’Etat dans certaines de ses missions afin de libérer et de réorienter nos forces de l’ordre pour un meilleur usage de leurs valeurs ajoutées.

 

La population est aussi appelée à se préparer et se former au travers d’apprentissage aux gestes qui sauvent. La BSPP forme ainsi depuis janvier dernier les parisiens aux premiers gestes à effectuer sur des blessés par arme de guerre, initiative reprise par le ministère de l’intérieur et élargie aux autres départements.

 

Les entreprises restent les maillons faibles du dispositif. Or, le tissu économique est essentiel dans la résilience territoriale. Il faut qu’elles se préparent d’une façon autonome face à des évènements hors-normes qui dépassent largement les scénarii que l’on trouve dans les plans de continuité d’activité (PCA) actuels. Pour avoir une chance de survivre, elles doivent mettre en place une organisation quasi militaire capable de gérer en direct de façon modulaire et réactive, voire se préparer à être surprises en appliquant une méthode de raisonnement adaptée à trouver des solutions novatrices et concevoir une stratégie de communication au travers des nouveaux vecteurs de communication. Mais pour qu’une partenariat public privé soit efficace, les administrations publiques doivent aussi dépasser l’affichage de principe.

 

 

De grandes attentes de la population française

 

La population a pris l’habitude maintenant de suivre en direct les évènements, ce qui met une forte pression sur les gestionnaires de crise qui doivent désormais transmettre les bilans des dommages et les conduites à tenir dans l’urgence.

De plus, le partage d’informations non-validées sur les réseaux sociaux est une nouvelle donne pour les gestionnaires de crise qui doivent prendre en compte ce nouveau phénomène afin d’arrêter les rumeurs et d’éviter les contrepouvoirs.

Malgré diverses actions entreprises par les autorités telle que la rénovation du réseau de sirènes datant de la seconde guerre mondiale, donc particulièrement obsolète et peu informatif, ces dernières sont rapidement dépassées au regard de la richesse et de l'instantanéité des médias sociaux.

 

 

 

Une nouvelle répartition des forces entre le public et le privé

 

L’Etat doit s’adapter tant dans son processus d’organisation en assimilant le fonctionnement par réseau de sa population et des médias et apprivoiser ces outils pour toucher, rassurer, protéger nos concitoyens.

La technologie est présente, le cadre juridique peut y être adapté si la volonté politique est  déterminée. Toutes les cartes semblent en main pour que ce paradigme soit l’occasion de rebattre les cartes. Les textes de loi sont même présents depuis de nombreuses années mais la prise de risque juridique rendait nos autorités frileuses, jusqu’à ce que la nécessité fasse loi prépondérante.

La filière de sécurité enclenchée depuis deux ans et demi semble, notamment avec l'inventivité et la flexibilité de ses PME, ainsi la meilleure vitrine pour poser aussi bien le besoin, l’efficience, les priorités et le cadre des réponses aux attentes de sécurité des français.

 


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