Europe’s responsibility to prepare : managing climate security in a changing world

Aujourd’hui se tient la réunion ministérielle sur le climat et la sécurité organisée à Bruxelles par la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini, intitulée « A Time For Action ».
A cette occasion, le think tank américain « non partisan » Center for Climate and Security et l’Institut néerlandais des relations internationales Cligendael publient une étude intitulée « Europe’s responsibility to prepare : managing climate security in a changing world ».

Cet événement intervient dix ans après le premier rapport phare de l’UE sur le lien entre climat et sécurité internationale et quelques mois après que les ministres des affaires étrangères de l’UE ont conjointement déclaré que « le changement climatique <avait> des conséquences directes et indirectes pour la sécurité et la stabilité internationales » (cf. paragraphe 4), et ont résolu de « mettre encore davantage le lien entre climat et sécurité au centre du dialogue sur les politiques publiques, de la prévention des conflits, de l’action humanitaire et pour le développement, et des stratégies de prévention du risque de catastrophe ». (cf. paragraphe 6). Voir aussi dans le paragraphe 6 : « le changement climatique agissant comme multiplicateur des menaces, les actions de développement doivent prendre en compte les risques de conflit, de même que les approches de la sécurité doivent prendre en compte le changement climatique ».

L’étude publiée ce jour émet une série de recommandations pour que les institutions européennes se préparent à affronter les « menaces  sans précédent, quoique prévisibles, sur la paix et la sécurité internationales » liées au changement climatique (voir l’abstract p. 4 pour la citation)

Les deux think tanks estiment notamment que les risques sécuritaires liés au climat devraient être pris en compte de façon plus systématique par les institutions européennes et à un niveau de responsabilité plus élevé, au même titre que les risques plus traditionnels comme le terrorisme et le risque nucléaire.

Dans une allusion transparente à Trump, les auteurs soulignent que « dans le contexte international actuel marqué par les nouveaux défis lancés au multilatéralisme, il est de plus en plus important que les acteurs de la politique étrangère et de la sécurité de l’UE se saisissent des grands problèmes mondiaux, comme la gestion des risques liés au climat » (cf. p. 5)

En effet, « la combinaison des risques sans précédent liés au changement climatique et des capacités de prévision sophistiquées dont nous disposons soumet tous les acteurs internationaux à une « responsabilité de se préparer » (à faire face à ces menaces) (cf p. 6)

Les auteurs appliquent leur cadre logique « Responsibility to prepare », introduit en août 2017, aux institutions européennes et émettent des recommandations très précises, articulées autour de ces six principes :

  • « Routinisation » : intégrer la prise en compte des risques liés aux climat dans les activités habituelles des institutions chargées de la politique étrangère et de la sécurité : Comité politique et de sécurité (COPS), Service Européen pour l’action extérieure (SEAE) et notamment projets de Coopération structurée permanente
  • « Institutionnalisation » : développer et renforcer les capacités au sein des gouvernements à conduire des analyses de sécurité liées au climat afin d’éclairer les décideurs, inclure la gestion du risque climat parmi les responsabilités des institutions européennes chargées de la politique étrangère et de la sécurité
  • « Élévation » : faire des enjeux de sécurité liés au climat une responsabilité des personnels seniors des institutions chargées de la politique étrangère et de la sécurité
  • « Intégration » : intégrer l’analyse des risques liés au climat à l’analyse des autres enjeux de sécurité critiques comme les risques sanitaires et les menaces liés aux conflits, au terrorisme international, à la prolifération nucléaire et à la sécurité maritime
  • « Réponse rapide » : améliorer les systèmes d’alerte précoce des conflits, notamment pour identifier les risques à court, moyen et long terme, et pour mettre en place des « seuils » au-delà desquels il faut déclencher une action d’urgence
  • « Contingences en cas de conséquences inattendues » : reconnaissant que « les solutions destinées à gérer le risque climat peuvent avoir des conséquences inattendues », les auteurs recommandent d’anticiper celles-ci en ayant recours à l’analyse de scénarios et en prévoyant des alternatives (« contingencies »)

L’étude est consultable dans sa globalité via ce lien : Europe’s responsibility to prepare : managing climate security in a changing world