Le renseignement, puissant levier du Smart Power

Le renseignement, puissant levier du Smart Power

Alors que l’Allemagne a décidé de contribuer au financement du troisième satellite militaire d’observation CSO, avec le partage d’images que cela implique avec la France, d’autres contrats plus discrets, mais non moins critiques, emportés depuis quelques années par l’industrie française dans le domaine du renseignement aéronaval, contribuent aussi à forger un puissant levier de « Smart Power ».

Grâce à l’excellence de ses chercheurs, la France reste une autorité reconnue dans le domaine de la guerre électronique et de la surveillance, qui, contrairement aux Etats-Unis, n’a jamais cherché à imposer des équipements « boîtes noires », rendant tout acquéreur irrémédiablement dépendant de son fournisseur.

Les gouvernements qui se sont succédés ont toujours mis un point d’honneur à traiter les clients des solutions françaises davantage en partenaires qu’en vassaux, signant avant toute vente des accords de renseignement du plus haut niveau, devant permettre d’échanger savoir-faire et informations sur le long terme.

Formation pour la constitution des bases de données liées aux menaces, entraînement à la collecte et à l’analyse, c’est en rendant autonomes ses clients sur le plein usage de la capacité en outils de renseignement que l’industrie de défense française a fondé peu à peu son avantage concurrentiel.

Ayant renoncé à toute velléité impériale, la France a sans doute moins représenté une menace économique que politique aux yeux des grands pays exportateurs. La vente d’un Rafale ou d’une Fremm n’est pas toujours indispensable pour sceller de tels rapprochements. Les industriels ont, depuis longtemps, appris à insérer ces équipements les plus sensibles sur des systèmes souvent multinationaux.

Si les Scorpène, Fremm, Gowind, Rafale ou Mirage 2000 — vendus du Maroc à Taïwan, en passant par l’Egypte, les EAU, l’Inde ou la Malaisie — sont tous dotés de puissants dispositifs de renseignement hexagonaux, tant dans le but d’assurer leur protection que d’appréhender en profondeur l’environnement adverse, on trouve aussi des pods de désignation sur les Eurofighter saoudiens, des pods d’écoute sur les F4-Phantom japonais ou des systèmes de surveillance maritime sur des Learjet argentins, des systèmes de surveillance du spectre sur les C26 Metroliner péruviens, ou encore des sonars et dispositifs d’écoute sur des patrouilleurs dans le golfe de Guinée ou le canal du Mozambique.

Ces ventes, fruits de l’excellence technologique des industriels français (Airbus, Thales, Sagem), qui sont donc autant d’accords de renseignement, ne sont pas pour autant passées au hasard des opportunités commerciales. Si l’on étudie de plus près la présence de ces équipements, on constate qu’ils constituent un « collier de perles » à la française, qui permet à la DRM des échanges de renseignements avec les pays positionnés sur les détroits et les routes maritimes critiques pour les approvisionnements stratégiques du pays. La sécurité énergétique était un thème qui avait particulièrement retenu l’attention des rédacteurs du dernier Livre blanc.

Les accords signés en matière de renseignement spatial (Japon, EAU…) et ceux à venir, avec des partenaires triés sur le volet, ne font que renforcer l’empreinte du renseignement français sur les marchés des pays émergents. S’ajoute à ceci le fait que la France possède en surface la seconde ZEE au monde derrière les Etats-Unis, grâce à ses possessions dans l’hémisphère sud, et tous les accords de co-surveillance qui en sont le corollaire (comme celui portant sur le couloir situé entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie). Ainsi que la montée en puissance des échanges de renseignements qui lient la DGSE aux « Five eyes » anglo-saxons, en raison de l’explosion des flux véhiculés par les câbles transocéaniques qui aboutissent sur les côtes méditerranéennes ou atlantiques.

On mesure alors à quel point la France se trouve par la force des choses au milieu d’un carrousel d’opportunités, qui lui permettra d’asseoir son leadership pour les futures décennies grâce au renseignement, en contribuant à renforcer la sécurité de la majeure partie des pays émergents, face aux menaces militaires ou terroristes. Un leadership en devenir donc, qui se construira plus sur le contrôle et la maîtrise des espaces fluides, maritimes ou numériques, que sur leur possession.

 

Source : TTU 


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