L’essor des livraisons internationales des entreprises de défense

L’essor des livraisons internationales des entreprises de défense

Par Jean-Michel OUDOT, adjoint du Secrétaire Général de l’Observatoire Économique de la Défense.

 

La France a livré à l’international en 2015 des matériels de guerre et matériels assimilés (MG) pour une valeur totale de 7,3 milliards d’euros contre 6,3 milliards en 2014. Ces matériels ont contribué à hauteur de 5,670 milliards d’euros au solde commercial de la France en 2015. Environ 61 000 emplois directs et indirects correspondent à ces livraisons depuis le territoire national cette même année. Au-delà des MG, les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) génèrent 20 % des exportations totales de la France en 2015.

 

Portées par le raffermissement de la demande mondiale et des gains de compétitivité liés à la dépréciation de l’euro, les exportations de la France se sont accrues en 2015 pour s’élever à 455 milliards d’euros [Ministère des finances et des comptes publics, 2016]. Les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD) remplissent un rôle majeur dans ces exportations, tant par leurs activités civiles que militaires [Moura et Oudot, 2014].

 

L’enjeu poursuivi ici repose, à partir d’un travail méthodologique approfondi, sur l’appréciation du contour des flux de matériels de guerre et matériels assimilés (MG) ainsi que sur la précision du rôle des entreprises de la BITD en France en matière d’exportation. Notre analyse porte sur la mesure et l’explication des livraisons de MG en tant qu’indicateur des exportations.

 

La croissance des exportations de matériels de guerre et matériels assimilés

Les MG sont définis à l’article L.2331 du code de la défense ainsi que par la liste commune des équipements militaires de l’Union européenne.

Selon les objectifs poursuivis, les exportations de MG peuvent être estimées par les licences, les commandes et/ou les livraisons [Garau, 2016]. Si l’objectif réside par exemple dans l’appréciation de la performance commerciale des acteurs publics et privés, les commandes constituent alors une mesure pertinente (dont il est rendu compte, en France, dans le rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement). Ces prises de commandes sont signées une année donnée (comptabilisées dès le paiement d’un acompte) et sont à l’origine de livraisons qui s’inscrivent sur une longue période. Le suivi des livraisons permet, de son côté, de rendre compte de la performance industrielle à travers l’appréciation de l’activité effective, année par année, associée aux exportations.

 

Les livraisons de MG s’élèvent, en 2015, à 7,3 milliards d’euros, en augmentation de 17,3 % par rapport à 2014. En moyenne sur la période 2011-2015, les exportations de MG s’élèvent à 6 milliards d’euros par an avec une croissance annuelle moyenne de 8,1 %.

 

Ces exportations sont réalisées, en 2015 en France, par 676 entreprises. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) représentent 85 % des entreprises exportatrices de MG dont la taille a été identifiée en 2015. Le nombre de PME est en augmentation sur la période 2013-2015.

Les grandes entreprises totalisent en moyenne 92,4 % du montant des exportations de MG sur la période 2011-2015. De leur côté, les PME et ETI exportent en moyenne, de façon directe, 7,5 % des livraisons de MG sur cette période. Elles interviennent également de façon indirecte en tant que sous-traitants des grandes entreprises, à la fois pour les marchés nationaux

et les marchés internationaux. Ainsi, en 2014, les PME et ETI rendent compte de 39,5 % des achats totaux des sept grands groupes industriels de défense1 en France.

Les exportations de MG sont orientées, en 2015, à 28 % vers l’Asie (avec une augmentation de 34 % par rapport à 2014), 25 % vers l’Europe et 19 % vers l’Afrique (avec un doublement entre 2014 et 2015 pour ce continent). Sur la période 2011-2015, l’Afrique est la zone qui contribue le plus à la croissance des exportations de MG.

 

L’analyse de la distribution par produit des exportations de MG révèle que 24 % correspondent à de la navigation aérienne ou spatiale, 20 % à des réacteurs nucléaires, chaudières et engins mécaniques, 16 % à des armes et munitions.

 

Recul des importations de matériels de guerre et matériels assimilés

Les importations de MG s’élèvent, en 2015, à 1,7 milliard d’euros, en baisse de 3,4 % par rapport à 2014. En moyenne sur la période 2011-2015, les importations s’élèvent à 1,6 milliard d’euros avec une croissance annuelle moyenne de 2,8 %.

Les importations de MG proviennent d’Europe pour 67 % des montants en 2015 et d’Amérique pour 18 %.

 

Un bilan positif pour la balance commerciale de la France

En 2015, les exportations de MG étaient plus de quatre fois supérieures aux importations (taux de couverture de 440 %). Les flux de MG ont contribué cette même année à hauteur de 5,670 milliards d’euros au solde de la balance commerciale de la France.

Les emplois correspondant aux exportations de MG sont mesurés par le tableau entrées-sorties de l’économie nationale établi par l’INSEE [Moura & Oudot, 2014]. Les emplois directs (i.e. au sein des entreprises exportatrices) s’élèvent, en 2015, à 26 300 et les emplois indirects (i.e. dans la chaîne de sous-traitance des entreprises exportatrices) à 34 900, pour un total de 61 200 emplois

en France en 2015 (Figure 8). A chaque million d’euro exporté de MG correspond environ 8,3 emplois directs et indirects en France.

 

Le rôle clé des entreprises de la base industrielle et technologique de défense dans les exportations de la France

Les entreprises de la BITD contribuent de façon directe ou indirecte au développement, à la production ou au maintien en condition opérationnelle des matériels de guerre. Ce périmètre rassemble, selon une méthode économique et statistique, environ 1 800 entreprises en France [Moura & Oudot, 2016]2. Celles-ci sont diversifiées dans les domaines militaires et civils. Elles exportent ainsi tant des MG que des matériels civils. L’ensemble des exportations réalisées par les entreprises de la BITD s’élève, en 2015, à 90 milliards d’euros, en hausse de 8 % par rapport à 2014. Ces entreprises génèrent ainsi 20 % des exportations totales de la France.

Le montant de ces exportations civiles et militaires varie d’une année sur l’autre sous l’effet de l’activité industrielle orientée vers les marchés étrangers d’une part, ainsi que de l’évolution du périmètre de la BITD et des révisions des données des douanes d’autre part. « De façon à apprécier

l’impact du périmètre de l’échantillon sur les résultats, une distinction est opérée entre les flux des entrants (entreprises présentes dans le périmètre BITD de l’année N mais pas de l’année N-1) et ceux en place (entreprises présentes dans le périmètre BITD de l’année N et de l’année N-1). Ces estimations sont effectuées pour les années 2012 et 2013 en raison des périmètres disponibles

actuellement. Il s’avère qu’un noyau stable d’entreprises de la BITD exporte, en 2012 et 2013, pour environ 80 milliards d’euros de marchandises. »

 

Les entreprises de la BITD contribuent positivement au solde commercial de la France (à raison de 33,5 milliards d’euros en 2015) avec des exportations qui sont 1,6 fois supérieures aux importations en 2015 (taux de couverture de 159 %). En moyenne, sur la période 2011-2015, la contribution des entreprises de la BITD au solde commercial de la France s’élève à 33,7 milliards d’euros pour un taux de couverture moyen de 167 %.

 

Sources : ecodef 79 – mai 2016 - le bulletin de l’observatoire économique de la défense (sga/daf/oed)

1. Airbus Group, Dassault-Aviation, DCNS, MBDA, Nexter-Systems, Safran et Thales.


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