La montée en puissance du second escadron de Rafale à vocation nucléaire est « délicate à gérer »

La montée en puissance du second escadron de Rafale à vocation nucléaire est « délicate à gérer »

Rédigé le 06 mai 2015 par Laurent Lagneau

Sur 7 avions destinés à l’armée de l’Air en 2015, 6 porteront finalement les couleurs des forces aériennes égyptiennes.

En février, l’Égypte devenait le premier client étranger du Rafale, avec un contrat portant sur 24 exemplaires. Seulement, les livraisons de ces appareils doivent commencer au plus vite. Aussi, sur 7 avions destinés à l’armée de l’Air en 2015, 6 porteront finalement les couleurs des forces aériennes égyptiennes.

« Nous continuons à réceptionner le Rafale », a indiqué le général Denis Mercier, le chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), lors d’une audition à l’Assemblée nationale. « Cette année, nous n’en recevrons qu’un seul au lieu de sept, car six seront prélevés au profit de l’Égypte. Nous l’avons accepté, bien sûr, car il était nécessaire d’aider l’export », a-t-il ajouté.

Or, le CEMAA tient absolument à ce que ces 6 Rafale soient livrés à l’armée de l’Air d’ici 2019, c’est à dire à la fin de la période couverte par l’actuelle Loi de programmation militaire. Ce qui devrait être le cas, Dassault Aviation lui ayant assuré que 3 avions seront prêts en 2017, de même que trois autres l’année suivante.

Seulement, il reste à voir les détails de l’acquisition par New Delhi de 36 Rafale. « Nous manquons encore de visibilité en ce qui concerne le contrat passé avec l’Inde », a dit le général Mercier. « Ceci ne devrait pas entrer en conflit avec nos propres commandes, mais je reste vigilant sur ce sujet car deux années blanches étaient prévues en ce qui concerne les livraisons de Rafale à notre armée : 2016 et 2017. Elles étaient destinées à l’export. Les objectifs en la matière sont aujourd’hui atteints, grâce aux deux contrats conclus », a-t-il ajouté.

A priori, les Rafale destinés à l’Inde auront un standard qui leur sera propre. En clair, ils seront différents de ceux utilisés par l’armée de l’Air. Les Indiens « ont commandé quelques développements supplémentaires, qui nous serviront d’ailleurs aussi », a en effet confirmé le général Mercier. « Ces Rafale destinés à l’Inde devraient donc être construits sans les prélever sur ceux qui doivent nous être livrés. Il n’y a donc a priori aucune raison de le faire. Là aussi, une coordination étroite est nécessaire, notamment avec la DGA », a-t-il estimé.

Cependant, étant donné qu’il faudra former les pilotes des pays clients ces commandes, auxquels il faut ajouter celle passée par le Qatar, « auront un impact que l’escadron de transformation Rafale [ndlr, le 2/92 Aquitaine] devra absorber », a prévenu le CEMAA. « Cependant, la bonne disponibilité actuelle des Rafale nous permettra de le minimiser, tant pour les mécaniciens que pour les pilotes », a-t-il ajouté.

La raison pour laquelle le général Mercier tient tant à ce que ces 6 avions soient livrés avant 2019 a en partie trait  à la montée en puissance du second escadron de Rafale à vocation nucléaire. Or, ce dernier doit être prêt impérativement en 2018 afin de remplacer les Mirage 2000N des Forces aériennes stratégiques (FAS).

« Sur les six Rafale biplaces prélevés au profit de l’Égypte, trois étaient destinés à cet escadron. Pour qu’il n’y ait pas d’impact sur la montée en puissance de l’escadron, il faut donc que trois Rafale nous soient livrés en 2017″, a expliqué le CEMAA.

« La montée en puissance de cet escadron, est particulièrement délicate à gérer, car les qualifications nucléaires des équipages et des mécaniciens se périment assez rapidement », a souligné le général Mercier. Aussi, a-t-il continué, « nous avons ajusté notre plan de formation – qui doit tenir compte du tuilage entre l’escadron de Mirage 2000N et le nouvel escadron de Rafale, ce qui est indispensable pour maintenir notre posture de dissuasion – et avons décalé les qualifications de certains de nos aviateurs ».

Enfin, ces commandes de Rafale ont un autre impact auquel on ne pense pas spontanément. En effet, le général Mercier a fait part de sa préoccupation au sujet de l’éventuelle « fuite » de spécialistes de l’armée de l’Air vers le privé. « Les pays auxquels nous vendons nos équipements souhaiteront sans doute embaucher des professionnels compétents en leur proposant des contrats attractifs », a-t-il avancé.

Aussi, le CEMAA a « demandé aux sociétés françaises, notamment à Dassault et à Défense Conseil International (DCI), de n’accepter aucune candidature » d’aviateurs sans passer par la direction des ressources humaines de l’armée de l’Air. Dans le même temps, il a invité ces derniers à s’adresser à la DRH « au cas où ils seraient tentés par un contrat de ce type, en leur précisant qu’ils ne seraient pas recrutés s’ils accomplissaient seuls les démarches ».

« Dans certaines spécialités, nous régulerons les départs, notamment si nous avons beaucoup investi dans la formation des intéressés. Dans d’autres cas, nous pourrons faire un effort ou donner une visibilité. Je veux réguler le flux autant que possible », a fait valoir le général Mercier.


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