La lutte anti-terrorisme : une action mondiale requise

La lutte anti-terrorisme : une action mondiale requise

L’anti-terrorisme est l'un des sujets phares de cette édition Milipol Paris 2015 avec notamment le sujet de la biométrie comme outil de gestion de l'identité des systèmes d'immigration et de contrôle aux frontières, les services de renseignement, la gestion de crise et les forces spéciales. L'ensemble des innovations pensées par les acteurs les plus performants du marché seront présentées en novembre prochain.

Pour une meilleure compréhension des enjeux que constitue ce sujet majeur, un comité d’experts internationaux apportera sa contribution en termes d’analyses et de réflexions. Créé pour la première fois cette année, ce comité est composé de personnalités éminentes, directeurs de recherche, consultants de haut niveau et autres leaders d’opinion sur les sujets liés à la sécurité intérieure des États.

« Nous réunissons tous les acteurs clés du monde de la sécurité : donneurs d'ordre, fournisseurs et experts, pour échanger autour des nouvelles problématiques de sécurité et découvrir les nouvelles technologies. Les préoccupations des pouvoirs publics sont abordées. Les entreprises les plus performantes du secteur sont présentes pour annoncer leurs produits et dévoiler leurs innovations. Nous sommes aujourd'hui une plateforme incontournable dédiée à l’échange et au partenariat entre les acteurs majeurs de la sécurité et les porteurs d’expertises et de solutions les plus efficaces et innovantes du moment », précise Rémi Thuau, président des salons Milipol.

La journée du mercredi 18 sera consacrée à la thématique de lutte anti-terrorisme au travers d'une succession de conférences qui aborderont le programme 2016-2017 H2020, une approche et une compréhension globales du terrorisme, quels enseignements tirés ? Ou encore la présentation du projet PNR de la douane française.

La lutte anti-terrorisme au cœur du H2020 - Programme sécurité 2016-2017

Le programme de travail 2016-2017 s'appuie sur une structure composée de trois appels principaux en réponse aux défis sociétaux et des domaines spécifiques : la lutte contre la criminalité et le terrorisme, la protection des frontières, la considération de la politique de sécurité externe de l'Union européenne, l'accroissement de la résilience de l'Europe aux catastrophes, la protection des infrastructures critiques, la cybersécurité ou la protection de la vie privée dans l'Internet. 

Le budget après taxes et contributions des États associés est d'environ 370 M€ contre près de 232 M€ pour la période 2014-2015.

En matière de lutte anti-terrorisme, l'un des challenges est basé sur le développement d'une approche amont complète permettant de comprendre le phénomène de radicalisation violente au sein de l'Union européenne afin d'améliorer les systèmes de prévention et la lutte contre la radicalisation.

Il s'agit de prendre en compte le facteur humain pour la prévention, le travail d'investigation et la réduction des actes criminels et terroristes, les techniques d'investigations criminelles avec la qualification des traces, l'utilisation élargie de l'ADN, intégrer des capacités de détection et regroupement des données avec les fournisseurs d'accès, contourner la menace explosive... 

« Les racines de la radicalisation ne sont pas bien connues. La compréhension de ce qui motive le processus de radicalisation et de la réaction des individus aux contre-mesures prises pour faire face à ce phénomène est nécessaire pour apporter une réponse ciblée aux défis de lutte contre l'extrémisme violent. Les groupes terroristes utilisent les dernières avancées des technologies pour diffuser leur propagande et alimenter les comportements radicaux. Cependant, les techniques traditionnelles d'application de la loi restent insuffisantes pour faire face à ces nouvelles tendances de radicalisation extrêmement violente. Les sociétés démocratiques sont attachées à la liberté de pensée – même la pensée radicale – tout en protégeant la société des actions illégales des groupes et individus radicalisés et violents.

Il est indispensable aujourd'hui de comprendre comment les réseaux et les groupes agissent. Seule cette meilleure compréhension des causes et des processus pourra conduire à des solutions innovantes, pour contrer ces actions violentes. Les propositions sur ce topique devraient se concentrer sur l'élaboration de recommandations politiques et de solutions pratiques à mettre en œuvre par les utilisateurs finaux de sécurité », souligne-t-on du côté de la Commission européenne.

La sécurité des frontières

La lutte contre les activités criminelles et les organisations terroristes implique la mise en place de systèmes de surveillance et de contrôle aux frontières et sur le territoire national qui renforcent les capacités des forces de sécurité. En matière de terrorisme, la sécurité des frontières constitue l'un des volets majeurs qui sera abordé lors de Milipol.

Le programme de travail H2020 2016-2017 consacre un volet à la sécurité des frontières qui vise le développement des technologies et des capacités exigé pour améliorer les systèmes, l'équipement, les outils, mais aussi les procédés et les méthodes pour que l'identification soit plus rapide et améliore la sécurité des frontières, tout en respectant les droits de l'homme et la vie privée. Ceci inclut des questions de contrôle et de surveillance, contribuant au développement futur du système de surveillance européen de frontière (EUROSUR) et favorisant une utilisation accrue des nouvelles technologies pour les contrôles de frontière. Ce volet fait également référence à la chaîne globale de sécurité dans le cadre de la politique de la douane de l'UE.

Il est donc question ici du développement des prochaines générations de systèmes d'informations mais aussi de l'harmonisation et de la coordination des processus, des procédures, des systèmes et des équipements, dans le but de constituer une plate-forme interopérable commune afin que l'UE puisse jouer pleinement son rôle.  

Des technologies disponibles

Les systèmes de surveillance et de contrôle aux frontières et sur le territoire national doivent renforcer les capacités des forces de sécurité sur les trois axes clés que sont la prévention, la protection et la réponse.

La prévention consiste en l’identification, l’évaluation et la neutralisation de la menace avant qu’elle n’agisse. Le "Thales National Security Intelligence System" croise les données collectées et permet de construire et de partager une vision plus complète de la situation, des organisations et des modes d’action. La solution "Homeland Surveillance System" permet, quant à elle, de couvrir l'ensemble des besoins liés à la surveillance et au contrôle à l'intérieur et aux limites du territoire national, en intégrant les divers dispositifs tels que les systèmes de surveillance des frontières terrestres ou maritimes ainsi que les systèmes de traçage vidéo ou encore la gestion d’identité.

Dans le domaine de la protection physique, Thales conçoit et fournit des systèmes de sécurité destinés aux infrastructures critiques qui nécessitent un niveau élevé de protection. Ces systèmes sont adaptés aux besoins et aux contextes spécifiques des sites concernés : aéroports, ports, centrales électriques... « Ils reposent sur l’analyse préalable des risques et garantissent une amélioration de la sécurité et de la résilience. La réponse à la menace englobe aussi bien la compréhension de la situation initiale, l'analyse des événements en cours, la préparation et la conduite des opérations de lutte, les actions de secours aux populations civiles, la communication vers les différentes parties prenantes, y compris la population », souligne l’industriel. Pour accompagner ces actions, les solutions Thales s'appuient sur des moyens fixes et mobiles d'analyse, de communication et de traitement de l'information, des moyens de radiocommunication professionnelle (PMR) et de combat (PR4G F@STNET), des dispositifs de localisation et d’identification et des dispositifs de protection anti-IED, des solutions CBRN (chimique, biologique, radiologique et nucléaire) et des moyens de coordination et de commandement adaptés à la sécurité publique et à la gestion de crise de grande ampleur.

« En améliorant les capacités des utilisateurs, les solutions Thales permettent de réduire le temps de réaction entre l’alerte et la réponse, comme c’est le cas avec l’application Base de Données de Sécurité Publique (BDSP) développée en collaboration avec la gendarmerie française. » L’application rend en effet possible une localisation instantanée des appels vers le 17, met à disposition une carte interactive des principaux acteurs à mobiliser, un historique, etc.

Les solutions Thales de sécurisation du territoire et des frontières permettent également d'améliorer l'efficacité des opérations de surveillance et de contrôle aux frontières, d'optimiser le déploiement et l'utilisation des différentes ressources humaines et techniques, et enfin d'adapter les dispositifs et les moyens aux évolutions de la menace au cours du temps.

Solution de sécurité intégrée pour les aéroports dans le sultanat d’Oman

Avec l’ouverture de son nouveau terminal, Mascate pourra accueillir 12 millions de passagers, contribuant ainsi à développer l’industrie touristique dans le pays.

Il y a quelques semaines, Thales était choisi par le ministère des Transports et des Communications du sultanat d’Oman pour mettre en œuvre une solution de sécurité intégrée sur l’aéroport international de Mascate et sur le nouvel aéroport de Salalah. Dans le cadre de ce projet, Thales fournira des technologies avancées pour assurer la protection des voyageurs et des infrastructures.

Thales intervient en qualité d’intégrateur principal des systèmes (Master System Integrator) pour les deux aéroports et met en œuvre une solution de sécurité intégrée gérée via un centre de contrôle des opérations, incluant un système de détection d’intrusion, un système de vidéoprotection, du contrôle d’accès et des check-points de sécurité, un réseau d’accès central avec gestion de données qui permet d’assurer le niveau de performance et la qualité de service requis.

Thales est également mandaté pour tester de nouvelles technologies et sera responsable de la formation des opérateurs et du développement de nouvelles procédures en vue d’améliorer les diverses composantes associées à l’exploitation des deux aéroports.

Le développement de l’aéroport international de Mascate est le projet le plus important actuellement lancé dans le sultanat d’Oman en termes d’infrastructures.

Deuxième ville du sultanat, Salalah bénéficie d’ores et déjà de l’ouverture d’un nouvel aéroport depuis le 15 juin 2015 qui devrait, dans un premier temps, offrir une capacité annuelle de 1 million de passagers. Les deux aéroports pourront également accueillir l’A380, le plus gros porteur aujourd’hui en service.

« L’expérience de Thales en matière de solutions de sécurité joue un rôle déterminant dans l’efficacité globale du projet et dans le respect des délais de livraison de tous les systèmes dont sont équipés les aéroports de Mascate et de Salalah. Les technologies de pointe déployées à cette occasion permettent l’interconnexion des deux plateformes, avec le développement d’un hub offrant des capacités d’interopérabilité, et le support complet des différents acteurs et intervenants au niveau de la sécurité.

Le choix fait en faveur de Thales est le dernier d’une longue liste de projets confirmant la position du groupe comme leader dans les solutions complètes destinées à assurer la sécurité des plateformes aéroportuaires. » Fort de son expérience dans ce domaine, Thales assure déjà la sécurité des infrastructures critiques les plus récentes et les plus modernes : aéroports de Dubaï (EAU) et de Doha (Qatar), nouveau port commercial de Doha, sites pétroliers et gaziers en Arabie Saoudite, Algérie, Irak et Eurasie.

La multi-biométrie pour le contrôle aux frontières

En janvier dernier, Morpho (Safran) a signé un important contrat de contrôle aux frontières avec le ministère de l'Intérieur des Émirats arabes unis. C'était une première mondiale en matière de contrôle aux frontières, grâce à l'alliance unique des dernières technologies biométriques, d'automatisation et d'intégration.

Ce projet baptisé « e-Border » comprend le déploiement d'un système multi-biométrique complet, incluant 96 e-Gates (portes automatiques de passage des frontières) et 94 e-Counters (comptoirs électroniques d'immigration) dans cinq grands aéroports des Émirats arabes unis. L'Aéroport international d'Abou Dhabi a ouvert la voie, au printemps 2015.

Le système intègre aussi la technologie « Finger On the Fly » de Morpho, solution unique au monde d'acquisition d'empreintes digitales « à la volée » et sans contact, en une seule seconde, par un simple passage de la main au-dessus du capteur. « Finger On the Fly » est une innovation majeure apportant rapidité, précision et confort d'utilisation accrus, notamment en matière d'hygiène. Ce projet intègre aussi « Iris At a Distance », solution la plus rapide sur le marché d'acquisition simultanée des deux iris et du visage, à distance et en moins d'une seconde.

Totalement automatisées, les e-Gates « MorphoWay » garantissent le plus haut niveau de sécurité, tout en fluidifiant le passage aux frontières. Leur design moderne et ergonomique permet une utilisation facile par les voyageurs, aussi bien à l'entrée qu'à la sortie du territoire.

L'intégration du système dans l'environnement existant est aussi une composante essentielle du projet. Dans la continuité du pilote mis en place en 2012 à Abou Dhabi, le projet e-Border assure l'interface avec les systèmes existants du ministère de l'Intérieur et avec les Centres de délivrance des visas (Visa Enrollment Centers) du ministère des Affaires étrangères.

Philippe Petitcolin, président-directeur général de Morpho, explique : « Ce contrat renforce notre partenariat de longue date avec les autorités policières et frontalières des Émirats arabes unis. Nous sommes convaincus que notre collaboration marquera une avancée majeure dans le domaine du contrôle aux frontières pour le pays. »

Le général de division Ahmed Nasser Al Raisi, directeur général des opérations centrales de la police d'Abou Dhabi, a ajouté : « Morpho dispose d'une technologie éprouvée et de l'expertise locale leur permettant de comprendre nos besoins et nos attentes dans le cadre du projet e-Border. Nous avons toute confiance en leur savoir-faire pour nous accompagner dans ce projet des plus importants pour notre pays. »

Vers une intensification des échanges d’informations

La menace « sans précédent » des combattants terroristes étrangers exige une action mondiale, selon le chef d’INTERPOL. Le Conseil de sécurité des Nations unies appelle à une utilisation accrue d’INTERPOL par les États membres.

S’adressant aux participants à la réunion ministérielle du Conseil de sécurité des Nations unies sur les combattants terroristes étrangers, le secrétaire général d’INTERPOL, Jürgen Stock, déclarait en mai dernier que les pays doivent « partager encore plus d’informations, et les partager encore mieux ».

Lors de cette réunion à haut niveau, le chef d’INTERPOL a indiqué que les pays sont de plus en plus nombreux à prendre conscience que l’échange d’informations via INTERPOL constitue une chance et non un risque, et qu’il permet ensuite à l’organisation mondiale de police de surveiller plus étroitement l’évolution de la menace.

« La pression accrue visant à restreindre la mobilité des combattants terroristes étrangers entraîne d’ores et déjà des changements de tactique », a déclaré le secrétaire général, ajoutant que les projets « Broken travel » d’INTERPOL – qui ciblent un mode de déplacement dans le cadre duquel les combattants transitent par plusieurs pays et effectuent des étapes non consécutives avant d’atteindre leur destination finale – seront organisés de façon plus régulière, les déplacements autonomes étant peu à peu délaissés au profit des filières d’acheminement.

Parmi les autres nouvelles tendances, M. Stock évoque le nombre croissant de recrues ayant des antécédents judiciaires, notamment originaires d’Europe, et le rôle actif, sur le territoire national, de certains terroristes présumés n’ayant pas été autorisés à quitter le pays.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré que les États membres doivent accroître leur coopération et échanger des informations, mettre en place des contrôles efficaces aux frontières et renforcer leur système de justice pénale, en respectant l’état de droit et les droits de l’homme.

Raimonda Murmokaité, présidente du Comité contre le terrorisme (« Comité 1373 ») et ambassadrice de la Lituanie, qui a organisé cette réunion dans le cadre de la présidence du Conseil de sécurité, a déclaré que l’échange centralisé et coordonné d’informations de police au niveau national figure parmi les priorités recensées par le Comité.

Soulignant la capacité unique d’INTERPOL à coordonner l’action des services chargés de l’application de la loi au niveau mondial, le secrétaire général a insisté sur la possibilité offerte à chacun des 190 pays membres de choisir avec qui partager ses informations.

M. Stock a par ailleurs ajouté que les succès obtenus par les pays membres d’INTERPOL reposent sur deux éléments : l’échange sécurisé d’informations sur les combattants étrangers, par le canal d’INTERPOL, et l’accès à ces informations pour les services de première ligne.

« La facilité et la rapidité avec lesquelles les combattants terroristes étrangers convergent des quatre coins du monde vers la Syrie et l’Irak ont démontré que cette menace était sans précédent, presque dès le départ », a déclaré M. Stock. 

« La rétention d’informations par une région met ni plus ni moins le reste du monde en danger. Les renseignements franchissent des frontières, mais à un rythme bien moins soutenu que les combattants terroristes étrangers », a ajouté le secrétaire général.

M. Stock a affirmé qu’avec le soutien du Conseil de sécurité des Nations unies en vue de mobiliser les ressources des États membres, tous les principaux postes frontières entourant la zone de conflit pourraient parvenir à effectuer des contrôles systématiques.

« INTERPOL se tient prêt à agir pour faire de cette vision une réalité, en collaboration avec nos partenaires », a conclu le secrétaire général.

Une déclaration présidentielle du Conseil de sécurité publiée à l’issue de la réunion a appelé les États membres à alimenter et à utiliser davantage les bases de données d’INTERPOL pour aider à détecter, surveiller ou empêcher les déplacements de combattants terroristes étrangers.

Le Conseil de sécurité a également appelé la communauté internationale à développer les capacités d’INTERPOL et l’aide au renforcement des capacités, afin de faciliter une utilisation plus large de son réseau de communication sécurisée et l’augmentation des enregistrements dans la base de données sur les documents de voyage volés et perdus.

L'appel envoyé par INTERPOL a visiblement été bien entendu par l'Allemagne, à en juger par l'entrevue entre le ministre de l’Intérieur allemand, M. Thomas de Maizière, et le secrétaire général d’INTERPOL, M. Jürgen Stock, en juillet dernier.

Trouver des domaines dans lesquels l’échange d’informations opérationnelles pourrait être amélioré afin de combattre plus efficacement le terrorisme en Europe et au-delà, tel a été le thème principal de cette rencontre.

M. Holger Münch s'est intéressé, au-delà des capacités d’INTERPOL en matière de soutien aux pays membres par l’échange de renseignements, à l’analyse et à la formation aux techniques de gestion des frontières ainsi qu'aux derniers développements concernant la coopération d’INTERPOL avec des organisations telles qu’Europol, en vue d’harmoniser les actions menées aux niveaux régional et international dans le domaine de la lutte antiterroriste.« Grâce à sa présence en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, INTERPOL peut jouer un rôle majeur pour préserver la sécurité de l’UE hors de ses frontières, notamment pour répondre au problème des flux de combattants terroristes étrangers. »

Le rôle de plateforme mondiale d’échange d’informations joué par INTERPOL dans la lutte contre le terrorisme a été reconnu tant par le Conseil de sécurité des Nations unies que par l’Union européenne. La base de données de l’Organisation sur les combattants terroristes étrangers contient actuellement quelque 4 500 profils d’individus ayant voyagé à destination de la Syrie ou de l’Irak, ou depuis ces pays.

« La menace du terrorisme international persiste. Nous l’avons constaté une fois de plus lors des incidents tragiques survenus en France », a déclaré M. de Maizière.

« Afin de lutter efficacement contre le terrorisme, il est essentiel d’échanger un large éventail d’informations en toute confiance au niveau international. Grâce à sa longue expérience de la coopération internationale et à ses points de contact dans 190 pays membres, INTERPOL joue un rôle capital à cet égard », a-t-il ajouté.

Le ministre a souligné l’engagement de l’Allemagne en faveur de l’application de la loi au niveau international, avec la décision prise par son pays de mettre à disposition des fonctionnaires supplémentaires au siège du Secrétariat général d’INTERPOL, à Lyon.

Saluant l’annonce faite par le ministre, le secrétaire général d’INTERPOL a déclaré : « Dans le monde d’aujourd’hui, où les frontières tendent à s’effacer, INTERPOL est idéalement placé pour aider les services chargés de l’application de la loi à apporter une réponse coordonnée et globale à la criminalité transnationale et au terrorisme, qui se mondialisent de plus en plus. »

« Chaque pays a un rôle à jouer afin d’assurer la sûreté et la sécurité de ses citoyens sur son territoire national comme à l’étranger, et l’Allemagne donne une nouvelle preuve du soutien qu’elle apporte à l’ensemble de la communauté des services chargés de l’application de la loi grâce à son étroite coopération avec INTERPOL, comme l’illustre sa décision de mettre à disposition davantage de fonctionnaires », a conclu M. Stock.

L’Allemagne compte parmi les pays qui alimentent et utilisent le plus les bases de données mondiales d’INTERPOL, dont celles sur les personnes recherchées, les documents de voyage volés et perdus, les véhicules volés et les empreintes digitales. Elle permet ainsi à d’autres pays membres d’identifier des malfaiteurs tentant de se soustraire à la justice.

« Au vu des évolutions de la criminalité, une étroite coopération policière internationale est la seule solution possible, et INTERPOL joue un rôle essentiel en la matière », a conclu M. Münch.

La France ne laisse rien au hasard

La menace terroriste à laquelle fait face la France a profondément changé de nature et se déploie sur plusieurs fronts hors des frontières où la France la combat, comme au Mali ou en Irak, dans le cadre de la coalition internationale. Ce front se ramifie sur les rives de la méditerranée à la faveur de l’effondrement de l’État libyen ou des attaques déstabilisatrices répétées contre les pays du Maghreb, comme le montrent les récents événements de Tunisie. La France est d’autant plus concernée que de nombreux ressortissants des pays de l’Union européenne y sont directement impliqués, parmi lesquels près de 500 français (119 y ont trouvé la mort) en Syrie et en Irak. La terreur que font régner les groupes terroristes alimente par ailleurs une part importante des flux migratoires qui connaissent, depuis plusieurs mois, une forte hausse.

Au sein même du pays, ce sont près de 2 000 personnes, Français ou étrangers résidents habituels en France, qui sont de près ou de loin impliqués dans des phénomènes de radicalisation religieuse violente ou dans des filières de recrutements djihadistes. « La diversité de leurs parcours, de leurs profils ou de leurs motivations, la porosité entre radicalisation et délinquance, le rôle central que joue la sphère numérique pour la diffusion de messages haineux, d’appels à la commission d’actes terroristes ou pour l’échange d’informations avec des donneurs d’ordre criminels sont autant d’éléments caractérisant la complexité du phénomène », souligne Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur.

C’est donc sur l’ensemble de ces facettes que le gouvernement conduit une action résolue, « en complétant le cadre juridique, en renforçant les ressources des services, en adaptant leurs méthodes de travail et de coopération, en enrichissant les politiques de prévention et de soutien aux familles et en prenant, aux plans européen et international, des initiatives ». 

Au total, 1 836 postes sont spécifiquement créés pour les services au titre de la lutte anti-terroriste, et près de 270 M€ de crédits de fonctionnement et d’équipement qui seront mobilisés jusqu’en 2017. Cet effort permet, en particulier, de réinvestir massivement le champ du renseignement territorial qui, en matière de prévention du terrorisme, avait été particulièrement fragilisé par la réforme des Renseignements généraux de 2008.

Les nouvelles formes de menaces auxquelles la France est confrontée imposaient par ailleurs une profonde adaptation des méthodes de travail des services spécialisés et leur complémentarité avec les services de police générale. Deux axes de réformes sont mis en œuvre, le premier portant sur la coordination et la fluidité de l’information entre les services, le second instaurant une supervision qualitative du suivi et du traitement des « objectifs ».

Enfin, la France est particulièrement active sur la scène internationale, au sein de l’Union européenne et au-delà. Outre les actions de coopération opérationnelle bilatérales ou multilatérales qu’elle conduit, elle mène un travail approfondi sur trois dossiers essentiels à la lutte contre le terrorisme : la création d’un PNR (Passenger Name Record) européen efficace, qui viendra compléter le PNR français ; l’adaptation du code frontières Schengen ; la coopération avec les majors de l’Internet avec lesquels il a été convenu d’une « plateforme de bonne conduite », d’un programme de formation des personnels et de la création d’un groupe de contact permanent.

« L’action entreprise par le gouvernement a permis aux services de développer une action remarquable, qu’il convient d’améliorer en permanence en anticipant tous les aspects d’un phénomène complexe et mouvant. Depuis 2012, 145 dossiers ont été judiciarisés par les services du ministère de l’Intérieur concernant 760 individus. 179 d’entre eux ont été mis en examen et 121 écroués. 97 interdictions de sortie du territoire ont été prononcées et 27 interdictions d’accès ont été délivrées. 24 expulsions sont en cours et 6 demandes de déchéance de nationalité ont été instruites », conclut le ministre de l'Intérieur.

C'est donc par une approche globale que la France entend aborder la question de la lutte anti-terrorisme. De nombreuses mesures ont été prises rapidement depuis les événements tragiques de janvier. Avec la nouvelle attaque du Thalys en août et la vague de migrants envahissant l'Europe pour fuir la guerre en Syrie, notamment, et la terreur de l'État islamique, de nouvelles questions s'invitent dans les débats qui alimenteront les échanges de l'édition Milipol Paris 2015... Des questions et des problématiques d'envergure auxquelles il va falloir apporter des réponses, malgré toute la complexité du sujet.


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